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Assertivité et communication : dire les choses sans mordre, fuir ni s’excuser d’exister

L’assertivité, c’est la capacité à exprimer clairement ce que l’on pense, ce que l’on ressent, ce que l’on accepte ou ce que l’on refuse, sans agressivité, sans fuite et sans culpabilité excessive. En version courte : tenir sa place sans écraser l’autre. Dire les choses sans attaquer. Poser un cadre sans se transformer en dragon de salle de consultation. Et arrêter de commencer chaque phrase importante par : “Alors pardon, je suis désolée, je me permets juste, enfin peut-être que…”

Illustration editoriale sur l'assertivite et la communication en clinique veterinaire

En clinique vétérinaire, l’assertivité est une compétence de survie.

Parce qu’on communique tout le temps : avec les clients, l’équipe, les associés, les ASV, les confrères, les fournisseurs, les urgences… et parfois avec un chat très motivé pour refaire votre empreinte digitale à sa façon.

L’assertivité, ce n’est pas devenir méchant

C’est souvent là que ça coince.

Beaucoup de vétérinaires associent “poser une limite” à “être désagréable”. Comme si dire non allait déclencher une alerte rouge dans la clinique. Comme si annoncer un tarif clairement faisait de nous un agent du fisc avec un stéthoscope. Comme si recadrer un client agressif voulait dire qu’on n’était “pas assez gentil”.

En réalité, l’assertivité, c’est exactement l’inverse de l’agressivité.

C’est pouvoir dire : “Je comprends votre inquiétude, et voici ce que je vous recommande.”

Ou : “Je comprends que ce tarif représente un budget, mais il correspond aux soins nécessaires.”

Ou encore : “Je veux bien vous aider, mais je ne peux pas continuer cet échange si vous me parlez sur ce ton.”

Calme. Clair. Posé.

Même si, intérieurement, un petit hamster en burn-out court dans une roue en feu.

Le problème : on veut souvent trop bien faire

Dans le métier vétérinaire, beaucoup de difficultés de communication naissent d’une bonne intention.

On veut rassurer. On veut arranger. On veut éviter le conflit. On veut que le client comprenne. On veut que l’équipe aille bien.

On veut rester humain, disponible, professionnel, agréable, compétent, diplomate, rentable et lumineux.

Bref, on veut être un vétérinaire. Mais aussi un moine bouddhiste, un médiateur familial et un service après-vente Premium.

Résultat : à force d’arrondir les angles, il ne reste parfois plus de cadre.

On dit oui alors qu’on pense non. On minimise un devis comme s’il fallait s’excuser d’avoir un plateau technique, du personnel, des charges et une comptabilité.

On laisse passer une remarque déplacée. On reporte une discussion d’équipe. On accepte “exceptionnellement” une demande qui devient mystérieusement la nouvelle norme dès le mardi suivant.

Spoiler : ce qui est exceptionnel en clinique a souvent une fâcheuse tendance à se reproduire.

Les signes qui devraient mettre la puce à l’oreille

Le manque d’assertivité ne se voit pas toujours. On peut être très compétent, très apprécié, très investi… et quand même avoir une capacité étonnante à se marcher dessus avec élégance.

Quelques signes fréquents :

  • vous vous justifiez trop
  • vous dites oui avec la bouche pendant que tout votre système nerveux hurle non
  • vous annoncez les tarifs comme si vous veniez d’abîmer la voiture du client
  • vous évitez certaines conversations “pour ne pas mettre de tension”
  • vous ruminez pendant trois heures après un échange de quatre minutes
  • vous trouvez la phrase parfaite le soir, dans la voiture, quand le client est déjà parti depuis longtemps
  • vous finissez par exploser pour un détail, parce que le vrai sujet, lui, campe dans votre tête depuis six mois

C’est humain. C’est fréquent. Mais ce n’est pas très reposant.

Dire les choses plus clairement, ça s’apprend

Bonne nouvelle : l’assertivité n’est pas réservée aux gens naturellement calmes, sûrs d’eux et hydratés correctement.

C’est une compétence.

On peut apprendre à dire non sans rédiger une thèse en trois parties. À poser une limite sans sortir le lance-flammes. À annoncer un tarif sans baisser les yeux.

À recadrer un échange sans trembler dans ses Crocs. À préparer une conversation difficile avec un associé ou un membre de l’équipe. À écouter l’émotion d’un client sans la prendre en perfusion directe.

Parce qu’être empathique ne veut pas dire tout absorber. Être professionnel ne veut pas dire s’effacer. Et “non” n’est pas une maladie contagieuse.

En clinique, les mots posent le cadre

Une clinique ne fonctionne pas seulement avec des protocoles, un planning et un logiciel métier qui choisit toujours le pire moment pour ramer.

Elle fonctionne aussi avec les mots.

Ce qu’on dit. Ce qu’on n’ose pas dire. Ce qu’on dit trop tard. Ce qui sort de travers parce que c’est resté coincé beaucoup trop longtemps.

Une communication floue crée souvent des tensions floues. Et les tensions floues, en clinique, ça finit rarement en poésie.

Ça finit plutôt en soupirs en salle de soins, en remarques passives-agressives, en “ça va” qui ne vont pas du tout, et en ambiance de chenil un soir d’orage.

Ce qu’on peut travailler concrètement

En accompagnement, l’assertivité devient très pratique.

On peut travailler sur :

  • une conversation avec un client difficile
  • une limite à poser sur les horaires ou les urgences
  • une façon plus claire d’annoncer un devis
  • une discussion tendue avec un associé
  • une remarque à faire à un membre de l’équipe
  • une posture plus stable face à l’agressivité, la culpabilisation ou la mauvaise foi en option longue durée

L’objectif n’est pas de réciter des phrases toutes faites comme un perroquet de formation managériale.

L’objectif est de trouver une façon de parler qui vous ressemble, qui reste professionnelle, et qui remet du cadre sans vous obliger à enfiler une armure avant chaque échange.

Et si vous vous reconnaissez là-dedans…

Si vous avez souvent l’impression de trop vous justifier, de ravaler ce que vous pensez, ou de sortir d’une conversation en vous disant : “J’aurais dû répondre autrement”…

— généralement trois heures trop tard, sous la douche ou au feu rouge — ce sujet mérite peut-être qu’on s’y arrête.

L’assertivité n’est pas un luxe relationnel. C’est un outil de protection, de clarté et de qualité professionnelle.

Vous n’avez pas besoin de devenir plus dur pour être plus clair. Vous avez peut-être simplement besoin de retrouver une parole plus posée, plus assumée, plus confortable.

Et parfois, un premier échange permet déjà de remettre du cadre là où tout était devenu un peu trop flou.

Premier pas

Retrouver une parole plus claire change déjà beaucoup.

Si vous vous reconnaissez dans ces situations, un échange peut vous aider à poser un cadre plus juste, plus stable et plus confortable dans votre pratique.